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© Sunset Sunside

Dan Tepfer

Five pedals deep

(Such Production)

"Le style romantique, quoique rythmiquement élaboré, de Dan Tepfer fait l’objet de toutes les attentions depuis quelques années. Le fait que Lee Konitz se soit entiché de son piano n’est sûrement pas étranger à cette précoce notoriété (il n’a que 28 ans), mais l’écoute de cet album confirme qu’il n’est pas le « pianiste d’un album », mais bel et bien un artiste qui a des choses à dire et qui maîtrise suffisamment bien son jazz pour le dire avec pertinence.

Five Pedals Deep fait la part belle aux ballades, qui y sont développées avec intensité. Le pianiste frappe fort dès le premier titre (« All I Heard Was Nothing »), en donnant à entendre un jeu lyrique et impliqué, avec un beau phrasé délié, source de longues phrases mélodiques. Ce phrasé qui, selon les titres, occupe l’espace ou se contente de se faufiler dans les interstices rythmiques, est délivré sous forme de longues mélopées ou de courtes phrases vives, serpente autour de la mélodie ou vient la fissurer. Comme autant de nuances d’éclairage pour des thèmes exposés à la lumière ou tapis dans l’ombre. Tepfer joue de sa technique pour multiplier les angles d’attaque, ce qui confère à chaque plage un charme certain, si l’on fait exception d’un « Peal, Repeal » sans doute plus percutant en live que sur album.

Sur la reprise du « Plat Pays » de Brel, il s’attache à retranscrire l’émotion jadis dégagée par le chanteur en restant au plus près de sa voix, tandis que sur l’introduction de « Back Attya », le thème est bousculé par sa main gauche espiègle : il semble, pour le plaisir de perdre l’équilibre, se mettre lui-même des bâtons dans les roues. Partout l’apparente quiétude des premières mesures laisse peu à peu place à un jeu plus enlevé, à l’image du dynamique « I Was Wonderin’ » ou de l’intense « Diverge », titre au cours duquel les échanges incessants entre Dan Tepfer, Thomas Morgan et Ted Poor aboutissent à un foisonnement qui met en exergue les qualités d’improvisateurs de chacun. Ce lâcher prise laisse entrevoir le fantastique potentiel d’un trio par ailleurs un peu trop centré sur le piano, Thomas Morgan et Ted Poor se cantonnant la plupart du temps à endosser, avec talent, le rôle d’accompagnateurs. On peut le regretter, car les rares passages sur lesquels le leader se met en retrait pour soutenir les chorus de Thomas Morgan sont remarquables, comme sur « Distance » - titre dont le climat mystérieux doit beaucoup aux notes suspendues du pianiste qui libère son jeu, n’ayant plus à rester garant de la mélodie.

Difficile cependant d’en vouloir aux trois musiciens, qui nous offrent ici un disque sensible où s’enchaînent compositions attachantes et interludes interprétés en solo par le leader, jusqu’à une reprise charnelle de « Body And Soul » dont le pianiste, seul face à ses 88 touches, délivre une version en tout point réussie."

Chronique d'Olivier Acosta pour Citizen Jazz

15,00€

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«Octobre 2014»
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